Album photo

Paris, vendredi 18 septembre 2015.

 

8H30 -  Place de la Bastille

 Une irréfragable envie de shooter, de me shooter à l'adrénaline, la recherche de La Photo.

Je pose ma voiture boulevard Bourdon, devant le port de l'Arsenal. Mon sac sur le dos, l'appareil autour du cou, je marche, déambule, gesticule, prends la pause tel un chien d’arrêt, me dissimule contre un arbre, un lampadaire, un porche, poursuit ma route, place de la Bastille, faubourg Saint Antoine. Souvenir d'avoir arpenté ces rues, les pavés de ces arrières cours, dans une autre vie, dans ma jeunesse. Cours Saint Louis, cours des 3 frères, square Trousseau…

 

9H30 - Passage de la Bonne Graine

 

De magnifiques fresques murales, dessinées sur le mur par des artistes inconnus, jouxtant un hammam. Je me poste, j'attends, le viseur collé à l’œil. J'attends... J’attends…

 

9H45 - Passage de la Bonne Graine

 -        Are You Tourist ?

 Une femme s'avance vers moi, s'interroge sur ma présence dans cette impasse, engage la conversation. Je ne suis pas touriste, lui dis-je. Je suis photographe… de rue. Nous engageons la conversation. Elle se veut attachée de presse, me presse pour boire un café, a de grands projets pour moi. Je ne la connais pas, elle ne me connait pas, pourtant nous nous dirigeons vers la rue de Charonne, à la recherche d'un café.

 -   Accepteriez-vous de me prendre en photo ?

 Je n’ai pas le matériel pour ça, juste un petit compact expert, discret pour la photo de rue, inadapté à ce type de travail.

 -   Buvons un café. Ensuite, si vous le souhaitez, j’allais au hammam, nous y ferons quelques photos.

 Surpris de cette proposition, je me dis après tout, ça n’engage à rien. Et qui sait, peut-être que cette rencontre débouchera sur du travail photographique. Nous cheminons donc dans le 11ème arrondissement, à la recherche d’une terrasse accueillante.

 

10H00 – Rue de Charonne

 Le pause-café. La terrasse nous attire. Nous nous asseyons, commandons un café ; crème pour elle, serré pour moi. L'appareil toujours autour du cou, mon regard se promène entre les clients du bistrot. Deux hommes, l'un trempant son croissant dans sa tasse, cette femme, d'un certain âge, accompagnant ce jeune homme, assis à côté de nous. Et au comptoir.....

 

...Au comptoir, cette femme, en robe légère, le sein bien en évidence à travers le tissu, d'une manière à la fois négligée et touchante, devant une bière.

Son homme, chapeau et lunettes noires, la mine patibulaire, le visage sévère.

Leur beauté m'interpelle, je saisis mon appareil, et discrètement, je déclenche. Clic...clic...clic... les clichés s'enchaînent.

 Soudain, la femme se lève, se dirige vers l'escalier qui descend vers les toilettes. La personne qui m'accompagne descend de concert.

 Voyant l'escalier remonter à côté de notre table, séparé du seul verre de la devanture, je me poste, appareil à l’oeil, et attends le retour des deux belles.

 Soudain, la femme à la robe légère apparaît derrière la vitre. Clic... clic... je déclenche à nouveau. Elle me regarde, les yeux hagards, emplis d'alcool, de coke, d'amour, de lassitude. Elle me sourit... clic... joue avec moi... clic... puis rejoins son compagnon.

  

Chalon sur Saône, le 20 février 2016

 

Je sus de suite que ces photos auraient une vie, ce que cette beauté lascive me transmettrait en Noir et blanc.

 J'appris quelques instants plus tard, lorsque son compagnon l’arrachait à notre contact en la tirant brusquement par le bras,  qu'elle s'appelait Johanna, qu'elle était italienne, éperdument paumée, follement paumée.

 Elle disparut dans les rues du quartier de Charonne, je ne la revis jamais. Me restait cette série de clichés, souvenirs d’un instant passé, de rencontres comme la vie peut en réserver, d’un moment inestimable, que je vous livre sans ambages.

  

Sébastien Pelletier-Pacholski